Pourquoi les artistes ont besoin de revenus alternatifs (et comment les construire)
Vendre des œuvres originales est au cœur du métier de peintre. Mais compter uniquement là-dessus, c'est construire son activité sur du sable mouvant.
Un original vendu, c'est un moment exceptionnel, pas un revenu régulier. Ça ne permet pas de prévoir un loyer d'atelier, du matériel ou simplement un mois tranquille. Ce texte n'est pas un manuel de gestion : c'est une réflexion honnête sur une question que beaucoup d'artistes évitent, l'argent, et comment ne pas dépendre d'une seule source.
Le problème avec les ventes d'originaux
Un tableau prend des semaines, parfois des mois. La vente peut prendre encore plus longtemps, ou ne jamais venir. Et quand elle arrive, elle règle un problème ponctuel sans créer de stabilité.
Le marché de l'original existe, mais il est étroit : il suppose des acheteurs prêts à engager plusieurs centaines ou milliers d'euros, souvent après des années de relation. Résultat, beaucoup d'artistes passent leur temps à attendre une expo, un acheteur, une commande. Cette attente a un coût, et pas seulement financier.
Ce que les revenus alternatifs changent
Un revenu alternatif n'est pas une trahison de la pratique. C'est une façon d'en protéger la continuité. Quand une partie des revenus est prévisible, même modeste, on peut prendre des risques dans son travail, refuser une commande qui ne nous ressemble pas, peindre plus lentement.
La liberté vient rarement d'avoir plus d'argent. Elle vient d'en avoir assez, et de façon moins aléatoire.
J'en parle plus en détail, chiffres à l'appui, dans cette vidéo :
Les prints : une logique de fond
Pour un peintre, le tirage est l'une des pistes les plus cohérentes. Pas comme produit dérivé, mais comme œuvre à part entière : papier fine art, édition limitée, numérotée et signée à la main.
Un print est accessible à un public bien plus large que la toile. Il permet à une image de vivre dans dix, vingt maisons différentes, chez des gens qui ne pourraient pas s'offrir l'original. Le travail circule, il trouve des murs.
L'édition limitée est une vraie contrainte que je m'impose : mes tirages actuels sont édités à 10 ou 20 exemplaires par format. Un print numéroté 3/20 n'a rien à voir avec une affiche tirée à l'infini.
Bengaluru43,2 × 63,2 cm · 140 €
Comme tu disais2 formats · dès 70 €
Inventaire d'une présence2 formats · dès 70 €
D'autres pistes à explorer
Les prints sont une voie parmi d'autres. Selon les pratiques, on peut aussi penser aux ateliers et aux cours, aux commandes choisies avec des gens dont on comprend la demande, ou aux collaborations avec des marques et des éditeurs quand le projet est cohérent avec son univers. Il y a aussi les projets qui créent du lien entre artistes, comme le média JATT que j'ai lancé en 2022.
L'idée n'est pas de multiplier les activités jusqu'à ne plus avoir le temps de peindre. C'est de construire, petit à petit, un ensemble qui tient debout.
Ce que j'en fais, personnellement
J'ai commencé à vendre des tirages il y a quelques années. Pas pour remplacer les originaux, qui restent le cœur du travail, mais pour créer un autre point de contact avec les gens qui s'intéressent à ce que je fais.
Chaque print vendu me permet de continuer à peindre, très concrètement : ça paie des tubes et des toiles, ça finance un déplacement, ça rend un mois moins tendu. Et parfois, quelqu'un qui a commencé par un print revient plus tard pour une toile.
Pour voir comment je suis passé à une pratique à plein temps : Comment je suis devenu artiste à plein temps (vidéo).
Voir les prints disponibles → · Œuvres originales →
Matthieu Livrieri est peintre, basé à Bruxelles. Il travaille principalement à l'huile sur toile et imprime ses tirages fine art en édition limitée à l'atelier.